LE FIGARO
26/11/2000 - LA BREBIS, ANTIDOTE ITALIEN A' LA VACHE FOLLE
Guy Baret
Elle s'appelle
Medina et elle est charmante. C'est presque une vedette en
Italie, elle y posséde meme son site, où rien de ce qui fait
son existence n'èchappe à ses admirateurs. Cette star,
toutefois, ne chante pas, elle bèle. Certes, elle n'est pas
la seule, mais, pour Medina, le belement n'est pas un
obstacle à sa carrière. Elle en est la condition: c'est une
brebis.
Sa notoriètè
tient au fait qu'elle est la première de son espèce a avoir
un père adoptif quoique n'ètant pas orpheline. Ce papa-là
n'est pas n'importe qui: qui:c'est le Ministre del l'Agriculture
d'Italie. Elle ne vit passous son toit. Grace à Internet, le
ministre peut suivre les temps de sa vie dont la tont et la
transhumance sont les poles existentiels majeurs.
Cette initiative
n'est pas une opèration de sèduction betement èlectoraliste
visant les amis des animaux. Elle a un objet civique plus
noble qui s'inscrit dans la lutte contre la psychose dela
vache folle, dont, pour l'instant, nos amis transalpins sont
prèservès. Pour eviter que l'ovin ne connaise la suspicion
frappant le bovin, Madame Cozzi, qui pratique l'elevage
biologique, a eu l'idee de permettre au client potentiel
desuivrele monton à la trace.
Eller en a 1300
qui attendent d'etre adoptès. Les insomniaques, non
candidatsà l'adoption, peuvent toujours les compter sur le
web.
L'informationn'est-elle pas le meilleur remède aux peurs
irrationnels? Si, en outre, vous dèveloppez un climat de
franche affection entre l'homme et la bete, alors les
tempetes mèdiatique peuvent sa dèchainer, elles
n'èbranleront pas le consommateur, qui, au lieu de
hurlermèchamment avec les loups, bèlera tranquillement avec
sa bresis. C'est à cette opèration - "Adoptez un mouton!" -
que le ministre, M. Scanio, vient de donner son auguste
caution.
Moyennant mille
francs, le papa, ou la maman, n'aura pas seulement des
nouvelles des verts paturages où s'èbat sa bresis, il
bènèficiera aussi de toutce qu'on peut en tirer pendant un
an.
Ainsi, le
ministre recevra-t-il la production de Medina, soit: huit
kilos de fromage - dont trois ricotta - , quatre paire de
socquettes et duex de chaussettes en pure laine de bresis
bio. Il obtiendra aussi, avec peut-ètre moins
d'enthousiasme, des paquets de crottin à utiliser comme
engrais naturel dans les jardins de son ministere.
Tout cela crèe
des liens, hèlas prècaries. Car l'adoption, meme
ministerielle, ne saurait inflèchir le fatal destin de
medina: l'abattoir.
Quand il le
voudra, le "père" pourra, cruel dètail, dèguster lui.meme sa
protegèe. L'amitiè entre l'homme et le mouton butera-t-elle
donc toujours sur le mèchoui?